Oleron (Cabuzel) L'île d'Oléron  
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L'ouragan du siècle Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Décembre 1999.

Depuis plusieurs jours les Oleronais attendaient avec anxiété une marée noire qui finalement avait choisi Belle-île pour étendre son manteau poisseux et voyaient donc se profiler avec plus de sérénité et de plaisir les fêtes de fin d'année et de changement de siècle. Quand soudain...

UN OURAGAN

C'est un véritable ouragan qui dévaste l'île d'Oleron dans la soirée et la nuit du 27/12/99. En effet, il s'agit bien d'un ouragan qui traverse notre région puisque des vents approchant les 200 km/h ont été enregistrés. Malheureusement pour la précision des chiffres, les pannes de courant survenues un peu partout n'ont pas permis d'enregistrer les vitesses des rafales tout au long du passage de cet ouragan : de source officielle ont été relevés à la pointe de Chassiron 55m/s soit 198 km/h (l'anémomètre a cédé vers 17 h 30 sous la pression...) ; 165 km/h au port de St-Denis jusqu'à la panne de courant ; au phare des Baleines (île de Ré) exactement la même vitesse qu'à Chassiron jusqu'à la coupure de courant ; à Royan 194 km/h ; à Rochefort 162 km/h... Quant à la pression atmosphérique, elle est descendu à 979 hPa à Chassiron et 972 aux Baleines. Cet ouragan est classé 4 sur une échelle de 5 par la météo.

Les Huttes Saint Pierre d'Oléron
Les Huttes
Cyprès couchés sur des caravanes
03/01/2000
Saint-Pierre d'Oléron
Salle des sports
04/01/2000


Il est né sous la forme d'une tempête ordinaire au beau milieu de l'océan atlantique, mais elle évolua. Elle se creuse brutalement alors au large de la Bretagne le lundi matin lorsqu'elle rencontre de l'air froid venu du pôle et de l'air chaud venant du sud. C'est vers 12-13 heures qu'elle commence à prendre un aspect gravissime. À 15 heures, l'ouragan est sur Ouessant, puis il descend la côte vers le sud : la Charente-Maritime, la Gironde, les départements de l'intérieur sont successivement balayés. À 3 heures du matin, celui qui est redevenu une banale tempête se trouve déjà en Suisse ! Pour les Oleronnais, le gros de l'ouragan se déroule de 18 heures à 22 heures, soit 4 heures, (la tempête de la veille "n'a soufflé que" 1 heure) mais en réalité les vents sont déjà forts vers 17 heures et ils ne se calmeront que vers 1 heure du matin.

Chacun en Oleron constate alors que les vents commencent à baisser à partir de l'heure de la pleine mer, au début du descendant.

LE RAZ-DE-MARÉE

Il faut ajouter un autre aspect au cataclysme lié aussi aux vents dont on connaît la puissance : en soufflant d'ouest-nord-ouest, ils poussent les eaux de surface vers la côte qui viennent s'ajouter à la marée montante qui coïncide malheureusement avec le plus fort de l'ouragan ! Le coefficient du cette marée est alors de 83, mais la violence conjuguée des éléments vont faire monter l'eau à un niveau rarement atteint de mémoire d'homme : +1m 80 à St-Trojan, +1m60 dans le chenal de La Perotine, + 2m20 à Vert-Bois. Des calculs effectués permettent d'affirmer que le coefficient virtuel de cette marée du siècle est de l'ordre de 160 !

Chenal de la Perrotine Vert-Bois
Chenal de la Perotine
Pontons échoués par les flots = +1m60
29/12/1999
Vert-Bois
Route du parking
Au premier plan à droite, emplacement
de la cabane des sauveteurs
Photo prise au même coefficient, mais l'eau était montée jusqu'aux piquets = +2m20
04/01/2000


De nombreuses cabanes au bord des chenaux sont isolées et nombre d'entre-elles sont inondées. La marée basse n'amorce sa descente en fait qu'une bonne heure après l'heure normale.

Les Oleronnais subissent peu le raz-de-marée : seule la plage de Vert-bois recule encore très nettement puisque aujourd'hui il n'y a plus de dune élevée à hauteur des Allassins et que la route-parking du front de mer ne possèdent plus qu'une vingtaine de mètres d'asphalte ! Le trait de côte actuel est maintenant celui de 1950.

En revanche, le monde ostréicole en général ainsi que les villes de Fouras et de Port-des-barques, subissant l'action conjuguée de l'ouragan et du raz-de-marée, sont aujourd'hui gravement sinistrés.

LES HOMMES

Une des nuits les plus longues de l'année est devenue une des plus longue du siècle pour la mémoire de chacun. Plongés dans le noir dès le début de soirée, la nuit se poursuit à la bougie et sous l'assaut des rafales de vent qui bousculent tout et font craindre le pire aux occupants des maisons qui ne peuvent et qui ne doivent pas sortir sous peine de recevoir un projectile mortel. Longue est l'attente d'une accalmie qui ne viendra qu'à partir de 23 heures.
Route côtière Saint Pierre d'Oléron
Route côtière
A la hauteur du croisement de la Rémigeasse
02/01/2000
Saint-Pierre
Parking M. Bricolage
Abri caddies


Depuis des renforts en hommes et en matériel sont venus aider les pompiers et les services de l'État à remettre l'eau, l'électricité, le téléphone, couper les arbres qui partout, absolument partout coupaient les routes principales et secondaires.

Il est évident que le nombre d'arbres abattus est tel qu'il faudra des mois et sans doute des années pour que les traces de cet ouragan disparaissent.

Il en faudra sûrement davantage pour que ceux qui sont demeurés cloîtrés dans leur maison pendant plusieurs heures l'oublie...

Le lendemain matin, les hommes, comme les animaux, sont hébétés après la nuit de cauchemar qu'ils viennent de vivre, ils ont du mal comprendre et à imaginer ce qui vient de se passer, ils sont encore dans un état second. Plus d'électricité, plus d'eau, plus de téléphone. Et dans une curieuse atmosphère, silencieuse, chacun monte sur son toit réparer les tuiles envolées, les oiseaux aussi sont silencieux, les voitures roulent peu. Il faudra attendre 24 heures pourqu'un rythme de vie à peu près normal revienne...

Contrairement au continent (13 morts en Charente-maritime), il n'y a pas de décès à déplorer en Oleron.

LES DÉGÂTS

C'est un véritable cataclysme que découvrent les insulaires au petit matin. Un spectacle très proche de scènes de guerre : une nature entièrement ravagée comme à la suite d'un bombardement, des milliers d'arbres couchés ou brisés, des centaines de maisons dont les tuiles ont volé comme des feuilles de papier, des bâtiments broyés, explosés. L'ouragan a tout brisé sur son passage, particulièrement les arbres, dont 50 à 60 % de grands et moyens cyprès. Il est impossible de rapporter avec des photos les amoncellements d'arbres, les poteaux brisés, les fils courants dans tous les sens, les forêts hachées, le très grand nombre d'arbres couchés sur des maisons (il faut dire le plus souvent avec un moindre mal), etc., etc. Seules des images vidéo peuvent tenter de rapporter ce spectacle de désolation tellement sidérant que l'on à peine à en croire ses yeux...
Grand Village Saint Trojan les Bains
Grand Village
Entrée nord
Maison au cadran solaire
04/01/2000
Saint-Trojan
Cabane du port (rive nord)
Fenêtre mal fermée...


CONCLUSIONS ?

Après chaque épisode climatique aussi violent, les hommes toujours essaient de chercher dans leur mémoire s'ils en ont déjà connu un. Cet ouragan fait suite à bien d'autres que la mémoire des hommes retient parfois mais que que les tables rappellent sous forme d'une litanie prouvant ainsi que cet ouragan là n'est pas le pire et pas le premier.
Saint Pierre d'Oléron Saint Georges d'Oléron
Saint Pierre
Tribune du vélodrome
Saint-Georges
Croix au centre du cimetière


A des degrés parfois moindre, des tempêtes ou des ouragans se sont succédés avant celui du 27 décembre dernier : février 96, janvier 90, octobre 87, octobre 84 (Hortense), mais aussi février 1957, un ouragan similaire en février 35, décembre 1896, février 1879, etc. Certains voient dans ces cataclysmes des éléments tendant à prouver que la fin du monde est proche ou pour d'autres que nous sommes, suite au réchauffement de l'atmosphère, à la veille d'une multiplication de phénomènes extrêmes. Cette liste que l'on peut faire remonter sans difficulté et avec exactitude jusqu'au 17e siècle apporte la preuve que la Nature se fâche à intervalles finalement assez réguliers, que contrairement à d'autres pays le nôtre placé sous des latitudes plus tempérées s'en sort mieux que d'autres tels que le Bengladesh.

A l'échelle de l'histoire de la Terre ou même seulement celle des hommes, il est certain que ce que nous venons de vivre n'était en fait qu'un simple éternuement météorologique...

Recherches, documentation, textes et images de Philippe Lafon (E-mail : ph.lafon@free.fr)
 
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