Oleron (Cabuzel) L'île d'Oléron  
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Les premiers envols

Un aéroplane pendant un meetingLa première ascension en ballon sur l'île a lieu le 4 janvier 1873. Elle a été effectuée par l'Ecole des Torpilles, unité de la Marine Nationale basée à Boyardville. Son but était de vérifier les résultats des premières torpilles automobiles Whitehead. Ces ascensions seront effectuées régulièrement jusqu'en 1895.

Le premier avion qui survole l'île, en octobre 1910, est celui d'un grand aviateur, Maurice Tabuteau. Il pilote alors un biplan Maurice Farman et il sillonne la côte en donnant des baptêmes de l'air. Travail monotone, mais lucratif car l'aviation est à la mode.

Durant l'été 1911, Louis Blériot se pose sur l'île, dans des prés à côté de Cheray : une escale technique imprévue.

Henri Chapron est un véritable aviateur qui habite sur l'île. Il n'a pas les moyens d'acheter un avion, mais veut quand même faire découvrir l'aviation à ses compatriotes. Il organise alors deux meetings.

Le premier meeting a lieu au Château, les 24 et 25 août 1913. La Compagnie des Chemins de Ferà mis en circulation des trains spéciaux, la Compagnie Oléronnaise a prévu des bâteaux supplémentaire. L'avion présenté est un monoplan Borel, amené sur l'île dans une caisse le vendredi 23. La foule est très dense : tout le monde se presse pour voir la machine. L'avion prend enfin son envol. Si le premier vol de dix minutes se passe sans histoire, l'atterrissage lors du deuxième vol est un peu brusque et le train d'atterrissage est détruit, ainsi qu'une partie de l'aile. Même si l'avion sera réparé et volera de nouveau trois semaines plus tard, les Oléronnais n'ont pas eu droit à une démonstration très convaincante des merveilles de l'aviation.

Aussi un deuxième meeting est-il organisé à Saint-Pierre, trois semaines plus tard. L'aviateur Hanouille va présenter un monoplan Blériot XI (moteur Anzani de 60 chevaux-vapeur). La carte postale ci-dessus présente un épisode de ce meeting. Les Oléronnais sont encore venus plus nombreux qu'à Saint-Trojan, peut-être dans le secret espoir d'assister à un nouvel accident. Mais tout se passe bien, mais sans brio ni casse, il y a peu d'enthousiasme dans le public (la psychologie des spectateurs de meetings n'a guère changer depuis).

La Première Guerre Mondiale


Survient alors la première guerre mondiale. Il n'y a qu'un seul aviateur oléronnais qui ait pris part aux opérations aériennes. La seule activité liée à l'aéronautique, sur l'île, consiste en la révision de moteurs d'avion par des prisonniers allemands et autrichiens, dans le fort des Saumonards, à Boyardville.

Vers la fin de l'année 1917, une base aérienne est construite à côté de Saint-Trojan et le 22 juin 1918 arrivent les deux premiers hydravions Le Pen. Dotée de 10 de ces appareils, le premier service opérationnel est effectué le 19 juillet 1918. Les missions ne sont qu'un inlassable ratissage du ciel, sans heure de gloire...

Mais le 22 août au soir, un accident survient. Une bombe se décroche lors de la mise à l'eau d'un hydravion et explose : deux avions sont détruits, ainsi que la cale. La base sera désaffectée à la fin de l'année 1918. Elle sera ensuite achetée pour devenir le Préventorium de Lannelongue.

Entre les deux guerres


Entre les deux guerres, à part quelques meetings et quelques démonstrations, il ne se passe pas grand chose. L'île d'Oléron est un but d'excursion pour les aéroclubs environnants et ne possède pas de terrain homologué. Mais les avions de l'époque atterrissent un peu partout.

L'aéroport Oléronnais va naitre brusquement en 1935. C'est pour pouvoir effectuer d'une façon sure et rapide des évacuations sanitaires que cet aéroport est construit. Le terrain est constitué par les plus mauvaises terres cultivables de l'île, il se situe au centre de l'île à Bois-Fleury, juste à côté de Saint-Pierre et sa superficie est de 18 hectares. L'avion retenu est un Farman 403. Dans toute la France on s'intéresse à l'expérience Oléronnaise, qui rend très vite de grands services, le voyage jusqu'à l'hôpital de Rochefort prend entre 40 et 45 minutes.

Une anecdote : en 1938 un petite épidémie se déclare sur l'île. Le Farman est appelé d'urgence et apporte le sérum, mais trop tard pour le premier habitant. Le lendemain, un autre cas se déclare et est guéri grâce à la présence du sérum. L'heureux bénéficiaire était le jeune Jacques Chaban-Delmas, l'ancien premier ministre. Cet enfant de l'île (même s'il n'y est pas né) a permis, grâce aux mesures qu'il a prises quand il était au gouvernement, de faire en sorte que les côtes ne soient trop défigurées par des promoteurs avides.

La Deuxième Guerre Mondiale


Dès le début de la guerre, la Base Auxiliaire Navale de Saint-Trojan est remise en activité, après avoir évacué les 40 adultes et la centaine d'enfants qui vivaient dans le préventorium. De nouveaux des hydravions sillonnent le ciel charentais. Mais le 27 juin 1940, un major allemand se présente à la base et les 160 hommes qui restaient recoivent les laisser-passer leur permettant de rentrer chez eux.

Le 5 novembre 1941, un bombardier Vickers est abattu face à Saint-Trojan. Il semble que les restes de l'appareil soient encore visibles de nos jours, lorsque la mer est claire. A cette époque, l'aéroport de Bois-Fleury est garni d'"asperges de Rommel", empêchant ainsi son utilisation.

Au seuil de la dernière année de la guerre, l'île n'a guère souffert de l'occupation. Quelques avions ont été abattus, certains aviateurs ont même été recueillis, certains ont été repris par l'occupant, les autres ont pu retourner en Angleterre.

A la fin de la guerre, les FAA, Forces Aériennes de l'Atlantique sont constituées, sous le commandement du général Corniglion-Molinier, basées pour la plupart à Cognac. L'île d'Oléron est toujours sous domination allemande et les différents blockhaus servent d'entraînement aux aviateurs, malgré la défense anti-aérienne assez efficace.

Les FAA participeront à la libération de l'île le 30 avril 1945 en pilonnant les champs de mines, permettant ainsi leur passage par les fantassins. Les avions larguent des tonnes de bombes sur les positions allemandes, mais les principales actions sont effectuées sur terre. Quelques jours plus tard, c'est la capitulation.

La renaissance de l'aviation Oléronnaise


Pendant les annés suivantes, les amateurs charentais d'aviation seront les seuls à assurer la présence de l'aviation sur l'île, principalement sur la plage de Vert-bois, à marée basse. Très vite, les aviateurs traditionnels ont vent de ses activités et, eux aussi, viennent se poser à Vert-Bois. Le 20 juillet 1952 un grand meeting y est organisé et Jaqueline Auriol, la belle fille du Président de la République, vient présenter son "Vampire".

Pendant les étés 59 et 60, le cirque Francki se fait accompagné par une escadrille à ses couleurs, qui donne de nombreux baptêmes de l'air. Au début du mois de janvier 1963, les autorités interdisent l'usage de la plage de Vert-Bois aux aéronefs.

L'aéroport de Bois-Fleury est alors de retour. Les débuts sont difficiles, le terrain est trop petit, le hangar trop près de la piste. Mais la patience et l'opiniâtreté payent, le terrain accueille de plus en plus de visiteurs, même si l'infrastructure suit péniblement. Enfin, le 10 août 1971, Oléron-Bois-Fleury est ouvert officiellement à la circulation aérienne publique.

Depuis l'aéroport est utilisé pendant la belle saison, car le terrain est trop humide en hiver. L'aéroclub est très actif et toutes sortes d'avions survolent l'île. Il accueille depuis peu des ULM puis des hélicoptères qui vous emmènent pour un baptême autour de l'île.

L'histoire du "Flamant"


L'avion avant réparationLe bimoteur couleur aluminium qui orne l'aérodrome a toujours intrigué les visiteurs et les passants. Selon le degré de leurs connaissances aéronautiques, ils l'ont affublé de toutes sortes de noms : Douglas, Constellation, bombardier Bréguet et bien d'autres encore. On a même fait croire à certains que c'était l'avion régulier du service pour Paris.

En réalité, l'avion est un Dassault MD 315 Flamant, plus précisément le numéro 79 de la série. Doté de deux moteurs en ligne SNECMA 12S de 460 chevaux-vapeur, il a été construit à Bordeaux-Mérignac sur les fonds du 'programme colonial'.

A l'origine, c'est un appareil de liaison pour trois ou quatre passagers. Cependant, il a été modifié et armé en vue des opérations d'Indochine, puis d'Algérie : des carénages masquent aujourd'hui les orifices des mitrailleuses sous le nez et les contacts des lance-bombes sont restés fixés sous les ailes. Malgré tout, on ne peut le considérer comme un véritable avion de combat...

Pris en charge par l'Armée de l'Air le 23 mai 1951, il est passé par de nombreuses affectations avant de terminer sa carrière active à Reims au sein de l'escadron d'entraînement radar 12/30 'Hauvillers'. En instance de réforme, il est cédé le 23 juins 1972 aux 'Ailes Oléronnaises' dans le cadre d'un programme de propagande de l'Armée de l'Air.

Une fois l'avion débarassé de ses marques d'identification (code 30-QX et insigne 'tête de chat sur croissant de lune'), il est uniformément repeint. Le 29 septembre 1972, il quitte l'entrepot de stockage de Châteaudun, piloté par le sous-lieutenant Angel Belhingrien, le propre gendre d'Yves Forestier. A son bord on pris place l'adjudant Reyx, bien connu dans l'île et quelques soldats ravis de profiter de l'aubaine.

Ce convoyage restera sûrement dans leurs mémoires ! Après deux passages à basse altitude, le Flamant effectue son approche finale venant de l'Ouest. Mais soucieux d'utiliser toute la longueur disponible pour faire atterrir son lourd appareil, le pilote se pose trop court... Il efface le train gauche dans le fossé en bout de piste ! Le Flamant est une machine robuste, fort heureusement et les dégâts se limitent au train et à l'hélice gauches, vous pouvez le voir sur la photo de cette page. Quant aux occupants occasionnels de l'avion, ils sont verts de peur, mais indemnes !

Evidemment, la cérémonie d'accueil est un peu gâchée par cet atterrissage mouvementé. Très rapidement, l'Armée de l'Air enverra à Bois Fleury une équipe chargée de remettre l'appareil en état et d'échanger les moteurs du convoyage par d'autres à bout de potentiel. Il sera définitivement radié des comptes à la date du 12 octobre 1972.

Depuis le brave Flamant est demeuré à Bois Fleury, promené çà et là au gré des aménagements du terrain. Mais, au bout de quelques années d'exposition, ce vieux serviteur a subi des dégradations et du vandalisme qui l'ont conduit à la ferraille.
 
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