
Si au temps des romains, l'île d'Oléron est décrite comme couverte de forêts giboyeuses, dès le 6ème siècle les sables des dunes apparaissent. Mais ils commencent à devenir un véritable fléau au 15ème siècle.
Au sud de l'île, à Saint-Trojan, le sable envahit marais et fermes. Dès le début du 17ème siècle, les maisons sont menacées par les sables. Vers 1650, c'est l'église qui est touchée à son tour. Selon la tradition, le clocher serait encore sous les sables, près de la maison forestière. A la fin du 17ème siècle, ce n'est pas moins de huit fermes et hameaux qui ont disparus sous les sables.
Des mesures sont alors prises : réglementation très stricte des coupes de bois, interdiction de laisser paître le bétail, le tout assorti d'amendes. Mais elles ne sont guère suivies et le sable continue à progresser. A la fin du 18ème siècle, 1100 hectares sont recouverts sur les 1548 qui composent la commune.
Mais les habitants commencent à prendre les choses en main, aidé en cela par les Ponts et Chaussées qui font différentes études. Il est alors démontré que la fixation des dunes, appelées 'montagnes' en patois par des plantations de pins maritimes est possible.
Pour retenir les dunes, différentes plantations sont alors effectuées. Tout près de la plage, on plante de l'oyat, cette plante ayant besoin de sable pour se développer. Derrière cette première barrière, des pins maritimes sont plantés. Mais pour se développer, ils ont besoin d'un sol stable, et doivent être à l'abri du sel. On protège donc les pins avec des genêts et des joncs.
Les premiers essais sont positifs et, tout au long du 18ème siècle de nombreuses plantations sont effectuées, la méthode est améliorée et on utilise des planches et des fagots pour stabiliser les dunes. Ce sont les gardes forestiers qui s'occupent de tous ces aménagements.
Pendant tout le 19ème siècle, ce ne fut que luttes continuelles contre les tempêtes qui détruisaient les palissades, déplacaient en une seule nuit des dunes entières. Les hommes sont opiniâtres et reconstruisent après chaque destruction. A la fin du siècle, la forêt est dans un état à peu près semblable à celui que l'on trouve actuellement.
Au début du 20ème siècle, des nouveaux venus viennent dans la forêt, exploiter la résine des pins. Ils contribuent à animer la forêt et les palissades sont toujours entretenues. Les guerres viennent truffer le rivage de bombardement et de mines. A la fin de la guerre les gardes forestiers nettoient tout cela et reconstruisent une énième fois les palissades.
De nos jours encore, dans la lutte que mène l'homme contre le sable, rien n'est joué. Il y a déjà six générations de forestiers qui ont fixé et boisé 3000 hectares de dunes et établissant sept palissades. Mais cette extraordinaire conquête est à la merci de la mer, du vent et de l'homme. Ce dernier, par une conduite inconsidérée, est toujours susceptible de détruire ce qui a été patiement édifié.