Oleron (Cabuzel) L'île d'Oléron
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Comment le tourisme de masse dérange les amoureux de l'île Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Mais le tourisme de masse vient nuire à ces liens privilégiés entre un touriste et sa destination.

Des touristes pionniers attachés au lieu originel

Les amoureux de l'île sont souvent les pionniers, ceux qui ont découvert la destination (catégories venues il y a plus de 15 ans), le lieu originel.

En effet, ce sont ceux venus depuis 45 et 35 ans qui décrivent le plus l'ancien visage de l'île, sauvage, encore très rural et traditionnel : "terrains sans cultures", "avant les constructions", "beaucoup moins de touristes". Puis ils se sont livrés à une appropriation du lieu, par le regard qu'ils lui ont porté, par leurs pratiques, puis par l'acquisition d'une résidence secondaire (ce sont ceux qui viennent depuis 45 ans qui ont le plus acquis une résidence).

Puis, pour ces pionniers, le lieu cesse de produire du sens en lui-même, et ne devient plus qu'un lieu touristique produit par les touristes. S'ensuit une dénaturation du lieu avec la perte de ses caractères originaux, d'où la forte expression du changement chez les répondants, très forte chez ceux venant depuis 45 ans (64%). L'expression des changements négatifs et la notion de perte de charme ("perd progressivement de son attrait", "perdre de sa magie", "perd son âme") traduit bien cette dénaturation, surtout chez tous ceux venant depuis plus de 15 ans.

Un visage touristique qui a beaucoup changé

Plus d'un tiers déclarent que l'île avait un caractère sauvage et tranquille lors de leur premier séjour, mais la moitié évoquent de nombreux changements, qu'ils soient positifs ou négatifs (20% dans les deux cas).

Tous situent le changement aux alentours d'il y a 10 ans, c'est à dire au moment de la suppression du péage, qui est un facteur négatif pour 58% des répondants.

54% s'accordent à dire que la fréquentation a augmenté, et 72% trouvent qu'il y a trop de monde. On retrouve l'utilisation de termes évoquant l'importance du flux, l'invasion et la saturation actuelle.

D'ailleurs, pour ceux qui expriment des changements négatifs, ils sont liés à la hausse de la fréquentation dans 50% des cas. La moitié des répondants spécifie que c'est surtout l'été qui est très fréquenté, mais seul un tiers de ceux qui s'en plaignent cherchent à venir hors saison.

Des inconvénients et des avantages

- Tous évoquent au moins un point négatif lié à la fréquentation, et en particulier :

- les problèmes de circulation (27% des répondants) : "route perpétuellement impraticable", "dangereux", "routes pas prévues pour recevoir tant de monde", "gênant au niveau des déplacements et du stationnement", "embouteillages",

- la dégradation de l'environnement et le manque de respect pour les sites et les personnes (35%) : "pas assez respectueux de la propreté de l'île et du calme des habitants", "conséquences néfastes : bruit, détritus",

- le développement anarchique de la construction et d'une offre bricolée (36%) : "constructions à outrance", "constructions sans caractère propre à l'île qui la dénaturent", "cages à poules et cabanons", "baraques à frites, marchands de glace", "commerces à la sauvette", "magasins de fringues merdiques et restau attrape-couillons". (1)

Ainsi, l'île a perdu de son charme pour 21% des répondants, ce qui n'en empêche pas la moitié de lui trouver de nombreux atouts et de l'aimer.

- Ils sont en effets conscients qu'une nouvelle offre de qualité a été ou est en train de se mettre en place (27%), grâce à une prise de conscience des pouvoirs locaux de la nécessité de préserver l'environnement.

Ils réalisent également que l'île a conservé son côté sauvage et préservé (18%), particulièrement lorsqu'ils la comparent avec la Côte d'Azur, ce que 20% d'entre eux font.

Toutefois, 27% pensent encore que la politique touristique de l'île est une politique opportuniste, tournée vers l'appât du gain et se traduisant par des prix très élevés.

Pour eux, cette politique se traduit par une orientation élitiste, déplorée dans 70% des cas, et qui amène déjà une clientèle plus aisée.

Dans ce cadre, 20% comparent souvent l'Ile d'Oléron à l'Ile de Ré, en ce qui concerne le choix des clientèles ciblées. Dans 31% des cas, ils estiment que l'Ile de Ré a fait le bon choix en ciblant les CSP hautes (On considérera pour l'ensemble de l'étude, que les C.S.P. hautes ou "plus" correspondent à la catégorie 3 de la nomenclature, que les C.S.P. intermédiaires correspondent aux catégories 1,2 et 4, et que les C.S.P. populaires ou "moins" correspondent aux catégories 5 et 6), dans 21% des cas ils le trouvent regrettable.

- Mais 25% expriment leur agacement, leur gêne et leur insatisfaction. Cette gêne entraîne une attitude d'exclusion dans la moitié des cas.

Il convient également de noter que 30% de ceux qui se sentent exclus par les îliens ont également un comportement d'exclusion envers les autres.

Toutefois, un tiers se déclarent toujours entièrement satisfaits de l'île, et un tiers se déclarent satisfaits à condition d'éviter les périodes, les heures et les lieux d'affluence. D'où le fort pourcentage paradoxal de 46% se déclarant à la fois satisfaits et manifestant leur insatisfaction.

Enfin 27% constatent des opinions négatives chez les autres habitués.

Les fidèles se défendent contre la dénaturation de l'île.

Comme l'exprime un répondant "les vrais amoureux de l'île ne nécessitent pas de changements radicaux, ils aiment leur île telle qu'ils l'ont découverte". D'autant plus que la fréquentation augmente et est très importante ("déversement de population","la foule débarque", "l'afflux de touristes", "les grandes transhumances", "les masses de touristes"), entraînant des phénomènes de saturation et une très forte notion d'invasion : "la saturation", "la capacité maximum atteinte".

Cette affluence entraîne de nombreux points négatifs (dégradation de l'environnement, problèmes de circulation, constructions anarchiques et offre bricolée), et la politique touristique est déplorée par 27% des répondants, la jugeant notamment opportuniste : "les prix grimpent exagérément", "le sens commercial s'est développé", "l'île fonctionne essentiellement en fonction des estivants", "une certaine complaisance des élus", "d'ailleurs les îliens ne se gênent pas pour nous le dire, l'argent des touristes d'accord, mais les touristes... c'est pourtant nous qui les faisons vivre, c'est l'histoire du beurre et de l'argent du beurre". De même, chez l'ensemble des touristes de l'Ile d'Oléron, 24% dénoncent l'affluence touristique et 15% les prix pratiqués.

Ainsi, les pionniers sont insatisfaits, et expriment fortement leur gêne et leur agacement : "étouffe", "désagréments", "dérangement", "très pénible, corvée", "écoeuré", "pas vivable", "difficile à supporter". Ils sont alors les premiers à partir (ceux venant depuis 45 ans ont eu un changement de pratique très important, et sont les premiers à envisager de changer de destination).

 
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