Le 24 janvier 1789, un arrêt du roi Louis XVI convoque une Assemblée générale des trois ordres (Noblesse, Clergé et Tiers Etat) le 5 mai à Versailles. A cette occasion, les électeurs sont invités à élire leurs représentants et à rédiger des cahiers de doléances. Chaque village de l'île écrit son propre cahier, à l'issue des vêpres le 8 mars 1789. Le 11 mars, toutes ces remarques sont condensées en 21 articles dans le cahier de doléances de l'île d'Oléron. Si, comme beaucoup d'autres, ce cahier consigne l'inégalité devant l'impôt, les revendications des autres villes ne sont pas présentes : régime seigneurial, corvée royale, droit de vote... Les principales préocupations des oléronnais ressortent : ils veulent continuer à commercer dans les meilleurs conditions possibles. En effet, depuis le moyen-âge, l'île vit de l'exportation du sel et du vin et c'est la liberté et la promotion du commerce que visent tous les insulaires. L'année 1789 est celle des grands changements : les députés sont réunis en Assemblée Générale, puis en Assemblée Nationale à partir du 17 juin, qui se charge de rédiger la constitution le 9 juillet. Le représentant de l'ile d'Oléron, député de Marennes-Saint-Sornin, Garesché, loge pendant ce temps rue de Satory à Versailles ; il ne fait pas particulièrement parler de lui : tout le monde ne peut pas être un Mirabeau ! Après la prise de la Bastille le 14 juillet, l'Assemblée Nationale est maîtresse du pays. Les privilèges de la noblesse sont abolis les 5 et 11 août et le texte de "la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen" est voté. Le 12 novembre, 40 000 municipalités voient le jour, les départements sont créés le 9 décembre. Pendant ce temps, à Oléron, le principal problème est l'approvisionnement du pain. Le froment venait traditionnellement du Poitou, mais la disette générale règne. Des spéculateurs, les "accapareurs" ajoutent à cette pénurie en stockant le froment pour le revendre lorsque le prix est au plus haut, juste avant les récoltes. Sur l'île d'Oléron, peuplée de 17 000 citoyens (comme aujourd'hui), la vie est très dure : la Révolution apporte alors un immense espoir. L'année 1790 est souvent nommée l'année paisible. Peu d'événement marquant pendant le premier semestre. La prise de la Bastille est fêtée avec un grand décorum, tant à Saint-Pierre qu'au Château. C'est au deuxième semestre que l'union révolutionnaire entre les trois ordres se détériore : la noblesse voit la plupart de ses privilèges s'évanouir (et un exode vers les royaumes voisins débute), les possessions et revenus du clergé sont annexés par la nation. Les curés deviennent des fonctionnaires élus et doivent prêter serment : c'est la fin de l'année heureuse. Sur les six curés de l'île, quatre ont refusés de prêter serment, et si l'on compte les vicaires, ce sont 12 religieux sur 14 qui sont devenus "réfractaires". Saint-Georges multiplie les tentatives, en vain, de devenir le chef-lieu du canton nord, au détriment de Saint-Pierre. Un tribunal de Justice est créé à Saint-Pierre en 1790, il quittera l'île en 1958. En 1791, c'est au tour du tribunal de Commerce de s'installer à Saint-Pierre, qu'il quittera en 1966. Ces deux tribunaux sont l'une des demandes fortes des cahiers de doléances. La tentative de fuite du roi, le 21 juin 1791, fait naître une nouvelle crainte : celle de complots royalistes venant de l'étranger. Les nobles ont maintenant perdus la plupart de leurs droits et s'enfuient à l'étranger où ils se préparent à une intervention contre la France. Le 30 septembre, l'Assemblée Constituante tient sa dernière séance : la constitution est née. Elle est fêtée solennellement à Saint-Pierre le 9 octobre. Mais l'abolition des privilèges a été compris comme la suppression de tout impôt ; mais il faut bien que les communes vivent ! Elles exhortent alors leurs habitants à payer leurs impôts et certaines recourrent à l'emprunt pour faire face à leurs dépenses, comme Saint-Pierre, Dolus et le Château. Saint-Denis ne peut pas payer, tandis qu'à Saint-Trojan, c'est le trésorier qui avance les fonds sur sa fortune personnelle. Mais, dès le début de l'année 1792, la guerre contre la cohalition de la noblesse expatriée semble inéluctable et les défenses de l'île comprennent alors 25 batteries, forts et redoutes. La guerre est déclarée officiellement le 20 avril. Les curés qui n'ont pas prêté serment sont remplacés peu à peu. Les tracasseries contre les religieux sont continuelles. La royauté est déchue, la chouannerie nait et les austro-hongrois attaquent la France. Jusqu'à présent, les hommes de 16 à 60 ans participent tous à la défense de l'île. En contre-partie de cette contrainte, ils sont dispensés de service hors de l'île. Mais les besoins en hommes sont très grands et des registres d'inscription de volontaires sont ouverts dans toutes les mairies de l'île, mais ils restent vides ! Des "volontaires" sont alors désignés par élection. En 1793, la chasse aux "comploteurs" se fait très active sur l'île : les arrestations se succèdent, principalement pour des motifs religieux et les correspondances des aristocrates avec l'étranger sont mises sous scellés. Le 3 avril : alerte générale, des embarcations sont aperçues du côté de Domino et des lumières sur la côte. Le tocsin sonne toute la nuit, les citoyens, mal équipés, s'organisent et patrouillent le long de la côte. Mais à 8 heures du matin, on s'aperçoit que c'était une fausse alerte : ce n'était que quelques bâteaux de pêche et des lumières de pêcheurs dans des écluses. La Terreur arrive à Oléron le 12 octobre 1793, lorsque deux pro-consuls viennent visiter cette île à la position si stratégique. Ils changent le nom de l'île en "Ile de la liberté", Le Château en "L'Egalité", Dolus en "Sans-culottes", Saint-Pierre en "La Fraternité", Saint-Denis en "La Réunion", Saint-Georges en "L'Unité", Saint-Trojan en "La Montagne" et de même toutes les autres communes de l'île portant un nom de saint. Les cloches des églises (de Saint-Pierre, de Sauzelle, de La Brée, de Dolus,...) sont envoyées sur le continent pour faire des canons, les tableaux et argenterie sont remis au district, les croix bordant les carrefours sont abatues, les quatre derniers prêtres constitutionnels (deux à Saint-Pierre, un à Saint-Denis et un au Château) abandonnent leur prêtrise et sont poussés au mariage : la religion catholique, apostolique et romaine n'existe plus. Seuls deux curés officient encore, dans le plus grand des secrets, l'un au Château, l'autre à la Menounière, près de Saint-Pierre et il faudra attendre le concordat du 15 juillet 1801 pour que les églises soient de nouveau ouvertes au culte. Les deux pro-consuls quittent la région fin janvier 1794, leur action ayant été jugée "excessive". C'est la fin de la Terreur pour l'île, la vie reprend après la tourmente. C'est la décapitation de Robespierre, le 27 juillet, qui met fin officiellement à la Terreur, qui ne se justifie plus puisque la France est victorieuse sur tout son territoire. Mais, à l'approche de l'hiver, tout manque : les sabots, le charbon, la nourriture,... Le marché noir est combattu et un rationnement officiel est organisé. Les prisons s'ouvrent enfin, les biens confisqués sont rendus aux émigrés ou aux héritiers, la séparation de l'église et de l'état est votée, la révolution est terminée. Les oléronnais ont participés activement à la révolution à ses débuts, lorsqu'elle était porteuse d'espoir et qu'elle les libérait de leurs chaînes. Lorsqu'elle s'est faite plus intolérante, principalement envers les prêtres, les oléronnais ont subit la peur et la faim, lâchant la révolution. Le bilan de ces années est positif pour les plus humbles, qui se sont libérés de leur servage et pour les bourgeois qui se sont considérablement enrichis. Il est par contre très négatif pour les nobles qui ont pratiquement perdu toutes leurs possessions sur l'île. Pour les curés de campagne, qui contestaient le haut-clergé, même s'ils ont payé un lourd tribut, le bilan est positif, l'église sortant régénérée de l'épreuve.
Si vous voulez en savoir plus sur cette période de notre histoire de France, je vous conseille le livre 'Oléron Ile de la Liberté', de Philippe Lafon.
|
|