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Avertissement :Les renseignements recueillis à propos du "Rocaz" ne sont pas tous vérifiables et sont parfois contradictoires.
Les faits relatés par les anciens témoins de l'événement ont pu être transformés par l'inconscient collectif qui a tendance à enjoliver les histoires sortant de l'ordinaire, en légendes.
C'est pourquoi de nombreux paragraphes sont typographiés en italique.
Le bateauLe "Rocaz" est un trois mâts Portugais qui a pu être, à l'origine, un morutier avant d'être transformé en bateau de transport.
Les questions : taille du bateau, capacité (300 tonneaux ?), type de bateau, type de gréement (voiles latines), équipage (12 dont le Capitaine et le Second ?).
Le "Rocaz" aurait été vu en réparation sur le port de Bordeaux en Décembre 1918.
Le "Rocaz" était commandé par le Commandant Da Veleiro.
La cabine du bateau d'une taille de 3 m sur 4 m et de 2,5 m de hauteur était de couleur blanche et aurait servi d'abri aux douaniers après avoir était démontée et hissée sur la dune.
Des témoins ont rapporté quelques caractéristiques du bateau : coque brune, fenêtres de la cabine rectangulaires, une chaloupe se trouvait sur le bateau, l'arrière du bateau était plus haut que l'avant et l'étrave à la proue du navire était verticale.
Le naufrageLe soir du 18 Février 1919 par temps de brume (?) ou de tempête (?) alors qu'il se dirigeait vers la Gironde pour aller à Bordeaux (?) ou vers La Rochelle, La Palice (?), le "Rocaz" a drossé vers la "Baie des Pilotes" face à la forêt de l'Achnau à Chaucre suite à une avarie de gouvernail.
Quand le bateau a été échoué sur le sable, les marins portugais en sont descendus et c'est là que trois d'entre eux ont trouvé la mort par noyade ou écrasement sous le bateau échoué. D'autres témoignages parlent de 5 morts dont 3 (parmi lesquels le second du bateau) sur le pont du bateau à la suite de l'assaut des vagues. On parle aussi de la noyade d'un mousse pris par un ressac après sa descente et qui n'a jamais été retrouvé.
Les marins rescapés se sont dirigés vers Saint Denis avec un arrêt chez Michaud "Aux Huttes" (?)
L'alerte a été donnée par le garde côte (qui ?) le lendemain et c'est la Douane qui a pris la responsabilité des opérations autour de l'épave du "Rocaz".
 Photo Anita Conti Des témoins parlent de voiles déchirées, du gouvernail cassé et d'un mât cassé, la photo ne permet pas de le vérifier.
Les trois marins noyés ont été emmenés le 20 Février à Saint Georges où une cérémonie religieuse a été célébrée par le curé Hamonic (voir : documentation)
(Où ont été inhumés les marins décédés, à vérifier au cimetière de Saint Georges, quand et comment les marins survivants ont regagné le Portugal ?)
La cargaisonLa douane a embauché aussitôt de la main d'oeuvre, une quinzaine d'hommes de Chaucre et des environs (de St Denis à La Cotinière) pour réaliser les opérations de déchargement de la cargaison et le démontage du bateau.
Deux boeufs (Bienfait et Pantalon étant leurs noms) ont permis de hisser la cargaison sur la dune à l'aide d'un système de cordage. Il n'y avait pas de chemin sur la dune et les douaniers (combien ?) ont installé pour l'occasion un campement avec tout ce qui est nécessaire pour assurer une surveillance 24 heures sur 24 (tente, réchaud, et peut-être la cabine du bateau (?)...)
Le fret du bateau était constitué essentiellement de vins de Porto blancs et rouges en tonneau de 50 à 60 litres de 17° d'alcool marqués JJCS (?) et aussi du vin blanc et rouge autre que du Porto et toujours aussi titré en alcool (quantité ?), il contenait en outre plus de 2500 caisses contenant chacune une centaine de boites de sardines à l'huile.
Il y avait, selon les dires de certains témoins, 3 catégories de sardines dans des boîtes de 3 à 12 sardines avec 3 noms différents dont "la Marie Pose" et "Cerise". Un témoin fait aussi mention de sacs de noix dans la cargaison.
Le déchargement de la cargaison a été émaillé de toutes sortes de détournements, quelquefois très romancés avec le temps. (Voir le paragraphe : histoires autour du "Rocaz"). Les caisses de boîtes de sardines étaient triées à Chaucre puis stockées avant la vente aux enchères (en gros), il en était de même pour les tonneaux de Porto et de vins.
Démontage du bateauLe renflouage étant estimé impossible, il a été procédé au démontage complet du bateau sur place par les personnels embauchés pour vider le bateau. Les différents éléments étaient hissés sur la dune toujours grâce aux deux bœufs puis transportés jusqu'au village (rue de l'Ostain actuellement) où à la fin des opérations une vente aux enchères a été organisée. C'est ainsi que dans le village et les localités voisines on retrouve des pièces de bois de bateaux dans les charpentes, les chambranles de portes, on peut aussi retrouver du mobilier et de la décoration de cabine marqués "Rocaz" dans certaines maisons (lesquelles ?).
Les histoires autour du "Rocaz"La Douane n'a pas réussi à contrôler tout le Porto et toutes les sardines du "Rocaz". Les histoires de détournements de marchandises (on parle aussi d'évaporation !) sont nombreuses, comme cette anecdote où un tonneau de porto aurait disparu entre les jambes d'un douanier en tombant dans un trou de sable vite comblé.
Les douaniers étaient encore appelés "gabelous" par les oléronnais et ceci avait un sens péjoratif en souvenir du temps où ils étaient chargés de contrôler le transport du sel et de collecter un impôt exorbitant : la Gabelle (voir la page qui parle de la gabelle).
Les "déchargeurs" cassaient volontairement certaines caisses de sardines sur le bord du bateau pour que les boîtes soient automatiquement exclues du stockage et de la vente. Ces boîtes allaient très vite dans des cachettes ou étaient données à des consommateurs locaux.
Quatre gars de La Brée (des brain-nâs) arrivent vers le bateau à marée basse, les gars qui le déchargent cassent 2 caisses de 100 boîtes sur l'arrière du pont, et nos 4 brain-nâs repartent avec 200 boîtes de sardines, ni vus, ni connus.
Certaines mauvaises langues racontent que des chaucrins mangent encore aujourd'hui des sardines du "Rocaz" arrosées au Porto.
Les mêmes mauvaises langues affirment qu'un douanier non coopérant aurait mystérieusement disparu.
Des ententes entre divers "détourneurs" de sardines et Porto ont tourné court. Par exemple : un certain Massé, garde forestier à Domino aurait embarqué avec sa charrette en pleine nuit toute une cachette de Porto-Sardines à l'insu des 4 autres "bénéficiaires" qui ont évidemment été très mécontents.
Le Porto à 17° qui a coulé à flot pendant toute la période qui a suivi le naufrage, a généré des histoires de libations joyeuses. Pour faciliter le trafic, certains Chaucrins n'ont pas hésité à faire saouler les douaniers pour qu'ils ferment plus facilement les yeux.
Le vieux "Pageot' " père de Marcellin pourtant peu enclin à la rigolade est allé aux écluses avec un cahier de chansons dans sa "groubeille", il est passé par le campement et serait rentré bien après l'heure prévue par la marée.
William Videau dit "le pot' " en permission de son service militaire à Nancy, aurait eu un retour tumultueux en train vers sa caserne car son bidon avait été rempli de Porto.
Pendant pas mal de temps, les hommes (et les femmes ?) habitués à boire du petit vin de "folle" à 6°, étaient survoltés en consommant ce Porto à pleins pichets. Et de ce fait, une épidémie de femmes enceintes (parfois des femmes qui avaient théoriquement passé l'âge) a suivi le naufrage du "Rocaz". Est-ce dû au phosphore des sardines ou aux conséquences aphrodisiaques du Porto ? On s'interroge encore aujourd'hui sur le pourquoi des "enfants du Rocaz".
Plusieurs de ces barriques de Porto échouèrent dans le "part' dau goret' " du garde éclusier aux Huttes. Les pécheurs aux "écluses" de Chaucre avaient l'habitude, en attendant l'heure de la marée, de jouer aux cartes chez ce brave homme. La partie de cartes "aluette" battait son plein entre ces braves gens, le plus jeune d'entre eux, le pichet à la main, faisait la navette entre la barrique de Porto et le jeu de cartes. Au bout d'un certain temps, l'atmosphère commençait à s'échauffer sérieusement ! "Toi, tu as triché disait l'un, toi, tu n'as pas vu mon signe, sinon on aurait fait "morgaine", disait l'autre en cognant sur la table". Et puis enfin les joueurs ivres piquèrent le nez dans leur jeu de cartes et se mirent à ronfler. Le jeune, un peu moins atteint, essayait de réagir car il ne voulait pas manquer l'heure de sa marée "d'écluse". L'heure était largement dépassée et la mer remontait rapidement. Malgré sa "cuite", il prit sa corbeille, son "espiot' " sans oublier son "fiambon"; tout en prenant des bords, il descendit la dune. Avec son éclairage, dans le ressac, il apercevait des formes blanchâtres au travers de l'eau trouble. Il se mit à cogner avec son "espiot' " puis hurla en disant : "je n'ai jamais vu de poissons aussi durs". La méprise, c'est qu'il cognait sur des galets et que le Porto du "Rocaz" faisait toujours son effet (histoire transmise par Maurice Coussy).
On aurait trouvé dans un fût, un singe mort, conservé dans le Porto et à la destination inconnue... exportation interdite ? Le pire est que certains auraient bu le Porto avant de découvrir le fameux singe dans le fût.
Lors de la vente aux enchères des pièces du "Rocaz", les "drôles" de Chaucre tournaient autour de la foule des acheteurs, en bousculant l'un d'eux la vitre du compas a été brisée, il s'est vendu moins cher.
Les mâts de bateau seraient partis vers La Rochelle, après ces enchères, remorqués par un bateau par flottage sur la mer.
DocumentationLa photo du "Rocaz" a été prise par la célèbre photographe et peut-être la première océanographe femme, Anita Conti, âgée de 20 ans au moment du naufrage. (Que faisait-elle à Oléron à cette époque là, est-elle venue spécialement pour le "Rocaz" ?). Cette photo est publiée dans le livre d'Anita Conti Photographe (160 photos d'Anita Conti, texte d'Anita Conti, Laurent Girault et H. Baba Farid. Editions Revue Noire 8, rue Cels, 75014 Paris. 1998, 190 pages 24x32 cm. 340 f.). Ce livre a reçu le Prix de Mai du Livre d'Art des Libraires 1998. La photo de la page 168 représente le "Rocaz" faisant côte sur l'Ile d'Oléron, la date de la légende est fausse : Ile d'Oléron 1918 (1919). Merci à l'association "Cap sur Anita Conti" pour avoir fourni d'autres documents photographiques sur le "Rocaz".
Un petit fascicule écrit par le Curé de Saint Georges d'Oléron Tugdual Raoul "L'Eglise de Saint Georges d'Oléron témoin de 1000 ans d'histoire" édité en 1975 par l'imprimerie de l'Ouest 17000 La Rochelle, cite à la page 34 que "le Commandant du "Rocaz" a offert un petit ex-voto (en métal doré) représentant un petit voilier en souvenir du naufrage, le 18 février 1919, à la côte de Chaucre". ("Le Rocaz" "offerta do commandandes Da Veleiro Portuguez "Rocaz" nofragads da costa de Chaucre à illa de Oléron en 18 Fevrier 1919, visità de recardagao en 22 agosto 1954.") Quel âge avait le commandant ? Lors de ce pèlerinage, le Commandant aurait aussi rendu une visite à la famille Michaud des Huttes et se serait rendu sur les tombes des marins au cimetière de Saint Georges (vérifier la présence de ces tombes).
Merci à Monsieur le Curé de Saint-Pierre et Saint-Georges, P.Guilloton, de nous avoir transmis les deux photos ci-dessous. Il s'agit de l'ex-voto donné par le capitaine du "Rocaz" en 1954 à l'église de St Georges. C'est un objet doré relativement petit qui se trouve dans une armoire de la sacristie enveloppé dans le coton de sa boîte d'origine.
 Caravelle miniature en métal doré (ex-voto donné à l'Eglise de Saint-Georges par le Commandant Da Veleiro en Août 1954)  Couvercle de la boîte de l'ex-voto, manuscrite par le Commandant Da Veleiro (remarquer l'origine de l'ex-voto : une boutique appartenant à Alberto Santos à Viana do Castelo au Portugal). Voici l'acte de sépulture des marins du "Rocaz" péris en mer : "L'an du seigneur 1919, 20 Février, ont été célébrées dans l'Eglise de Saint Georges d'Oléron, les obséques religieuses de Celestino Moriera, Marcellino Augusto Reis Junor, Manuel Anéa, marins du "Rocaz" navire Portugais, décédés le 18 Février dans la paroisse à Chaucre et moi, curé ai signé le présent acte. Signé : Hamonic.
Merci à Jean Claude Pelletier de Lileau pour avoir compilé les documents ci-dessus et pour avoir réalisé le dessin reprenant le plan du "Rocaz".
Les autres témoignages ont été enregistrés par Jean Michel Caillot de Lile en 1983 pour une émission de Radio Oléron : André Coussy (dit "Buchaillon") de Chaucre, 17 ans au moment du naufrage et William Videau (dit "Le Pot' ") de Chaucre, 20 ans au moment du naufrage.
Armand Gaillard de Chaucre, décédé en 2003 à l'âge de 92 ans, 9 ans au moment du naufrage, dit être monté le premier avec son grand-père sur le "Rocaz" échoué. Il a relaté ses souvenirs et a demandé à l'artiste peintre Pierre Dauphin de reconstituer, sous forme d'un tableau (ci-dessus), la scène du déchargement du bateau, avec les deux boeufs dans le fond de la baie des Pilotes. Armand Gaillard est représenté en premier plan sur ce tableau, et vous pouvez le retrouver ci-contre, 80 ans après, en compagnie de l'artiste Pierre Dauphin.
Claude Richard et son fils de la Corderie Royale de Rochefort ont permis de retrouver des documents sur le naufrage du "Rocaz".
Tous les renseignements, les objets, les témoignages, les documents d'archives concernant le "Rocaz" sont les bienvenus pour étayer ce début de compte rendu.
Adressez-vous à :
Michel Nadreau 23, rue Simone de Beauvoir 31320 Castanet Tolosan michel.nadreau@educagri.fr
Cette page a été réalisée par Michel Nadreau
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