Oleron (Cabuzel) L'île d'Oléron  
Dimanche 14 mars 2010 - 15h13 - Soleil : lever 8h21, coucher 20h09 - Lune : nouvelle lune le 15 mars
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La pêche dans les écluses Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

La construction des écluses

Une écluseLes écluses sont des pièges à poissons fixes, pratiquement unique sur tout le littoral français. Elles sont constituées par un mur de 500 à 700 mètres de long et ont la forme d'un fer à cheval. Sur l'île d'Oléron, partout où la côte était rocheuse et où il y avait des pierres, il y avait des écluses.

On a la certitude qu'elles datent au moins du XVIème siècle, mais il est possible qu'elles existent depuis le moyen-âge.

En général, les deux bras d'une écluse sont dirigés vers le point le plus haut de la côte. Parce qu'elles ont deux bras, on parle d'une "paire d'écluses". Ces bras commencent par une pierre de 30 centimètres de haut. Ensuite le mur devient de plus en plus épais et haut, pour atteindre dans sa partie la plus haute 1,5 mètre à 2 mètres.

A marée descendante, le mur emprisonne l'eau de mer qui s'écoule par les 6 ou 7 ouvertures. Ces ouvertures qui se nomment des "boucheaux" (diminutif de bouche d'eau) sont munies d'une grille constituée par des barres de fer verticales, les "vergettes", tenues par des traverses en chêne ou en ormeau, les "contre-tamères". Les boucheaux sont prolognés côté mer par deux murs, appelés "ailes" qui sont destinés à les protéger et qui facilitent l'écoulement de l'eau.

Pour être bien pêchante, une écluse doit avoir un mur dont la partie supérieure est parfaitement horizontale, sinon le courant entraîne le poisson vers le point le plus bas et le fait sortir du piège. Le mur est construit en pierres sèches, sans aucun liant et il doit résister à la fureur de la mer. C'est tout un art que d'entretenir un tel mur, qui se transmet de génération en génération depuis la nuit des temps.

Une autre condition pour qu'une écluse soit "pêchante" est son "confort" aux poissons. En effet, l'intérieur de l'écluse, qui s'appelle la "foue" en patois, était organisé pour attirer les poissons. On faisait des "pilotis", en entassant des pierres sur des varechs, ce qui constituait des "tas d'attirance".

Les petites réparations sont effectuées marée après marée par les personnes qui viennent pêcher. Si une petite brèche n'est pas réparée tout de suite, la marée suivante peut agrandir considérablement le trou. Pour les grosses réparations, tous les détenteurs de l'écluse participent. Les plus expérimentés placent les pierres, les plus critiques d'entre elles après une longue concertation. Les moins expérimentés portent les pierres et apprennent le métier. Toutes ses réparations, qui constituent un travail dur, se font généralement dans une bonne ambiance, mais la participation de chacun est contrôlée par des encoches faites dans des planches portant le nom de chacun, les "tailles", détenues par le chef d'écluse.

Je vous propose, dans l'album photo, de visiter une écluse qui existe encore et qui est maintenue en activité, et qui se situe entre La Brée et Saint Denis.


La pêche dans les écluses

Fixation d'une perche à poissonsA une époque où l'on vivait quasiment en autarcie, où la nourriture était le besoin le plus important à satisfaire, une part dans une bonne écluse était recherchée. Elle valait une à deux vaches. L'écluse n'est pas une propriété, mais une concession faite par l'administration des Affaires Maritimes.

Lors de la création d'une écluse, elle est exploitée en parts égales, ce qui permet de pêcher tous les 6, 8, 10 ou 12 jours. Une pêche est toujours constituée de deux marées, une de jour et une de nuit. Il n'y a jamais de sous-multiple de 28 (7, 14) car les jours d'un même "mareyant" tomberait toujours avec le même coefficient, ce qui constituerait une injustice. Les parts étaient ensuite partagées entre les enfants, et au bout de quelques générations, certains co-détenteurs pouvaient posséder des parts infimes, parfois à peine plus d'une journée de pêche par an. Aujourd'hui, il y a peu de candidats pour reprendre une écluse, aussi les parts ont augmenté.

Lorsque vient son tour, le "mareyant" sort ses outils de pêche. Le "fonceuille" ou "espiot" est une sorte de sabre en fer utilisé pour frapper le poisson sur la tête, pour ne pas l'abîmer. Le "trioulle" ou "aveneau" est un filet à deux manches que l'on pousse devant soi. Lorsque la mer ne descend pas assez, on place une sorte de nasse, le "bourgnon" dans lequel le poisson se fait piéger. Le poisson est ramassé dans un panier d'osier tenu dans le dos par une sangle en bandoulière, la "gourbeille".

Lorsque la pêche se fait de nuit, elle nécessite un éclairage. Ce fut d'abord tes torches en paille de seigle, les "fiambons", qui n'étaient allumées que pendant le temps de la pêche. Puis le "fanal à bougie" équipé d'un miroir réfléchissant qui permettait de n'éclairer que le poisson. La lampe à acétylène a procuré ensuite une excellente lumière avant d'être remplacée par la lampe électrique.

La pêche est souvent très moyenne, souvent quelques livres (une livre vaut 500 grammes) de poissons, et est réservée à la consommation familiale. Mais il arrive qu'en de rares occasions la pêche soit très importante : jusqu'à 1200 livres en une seule marée. Dans ce cas, on apelle les voisins, les amis pour ramasser le poisson et il arrive que l'on ne puisse tout ramasser et que la marée montante libère le poisson. Le "mareyant" qui fait une grosse pêche en dispose pour lui tout seul, sans partage avec ses co-détenteurs. C'est une règle avec laquelle on ne transige pas ; mais bien souvent on revient avec une bredouille.

Les espèces de poissons varient avec la saison. Au printemps, ce sont des orphies et des seiches. Toute l'année on prend des mulets. On pêche quelquefois des congres, des raies, des bars et des dorades.

La pêche était donc très irrégulière et se posait le problème de la conservation du poisson. Le salage permettait de conserver le poisson de longs mois, mais une méthode originale était utilisée pour une conservation de quelques jours. Le poisson était placé tout en haut d'un grand mat, appelé "perche", où il sèche.

La photo ci-dessus présente le système de fixation d'une perche, que l'on peut voir à Sauzelle. Il en existe d'autres sur l'île et je vous invite à les voir dans la partie album photo de ce site qui montre les perches à poissons oléronnaises, et dans laquelle on voit, entre autre, le détail de la fixation.

Le principe des ces perches est le suivant : en hauteur, le poisson est mieux ventilé et surtout, il est à l'abri des mouches, qui ne montent pas si haut et qui ne risquent pas de pondre leur oeufs dans le poisson. Une fois séché, le poisson peut être conservé longtemps, mais il est en général consommé dans la semaine.


Voir des écluses

Pour voir trois écluses restaurées, il suffit d'aller sur la côte est de l'île, juste entre Saint-Denis et la La Brée (entre les panneaux indiquant la fin des deux villages).

Il y a des places de parking et des panneaux en bois donnant les explications nécessaires à la compréhension du fonctionnement des écluses.

Il faut bien sûr faire la visite à marée basse (vous pouvez consulter les horaires pour préparer votre promenade. Ne pas oublier qu'il ne faut toucher à aucune pierre et que la pêche à l'intérieur des écluses est interdite.

Je vous propose quelques photos de cette écluse, dans la partie album photo de ce site. Toujours dans l'album photo, je vous propose des photos des perches à poisson existant encore sur l'île.
 
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