Lorsque vous allez du côté de Boyardville, vous voyez de longues rangées de bouchots, très hauts et très proches les uns des autres. Ils sont couverts de moules qui sont consommées lorsqu'elles ont atteint une taille suffisante. Les pieux sont en pin (poids 80 à 100 kg) et doivent être remplacés régulièrement, lorsqu'ils sont détruits par une tempête. Des essais positifs ont été réalisés avec des pieux en plastique, plus légers (35 kg), plus souples (qui, tel le roseau, sont moins fragiles) et parfaitement adopté par les moules, pour peu que leur surface ne soit pas trop lisse. Par contre, si vous allez sur la plage située entre la pointe des Saumonards et la plage de la Gautrelle, devant Sauzelle, vous trouvez des bouchots beaucoup plus bas, beaucoup plus espacés. Ils ne sont manifestement pas en assez grand nombre pour servir à élever des moules. Effectivement, les moules qui recouvrent ces bouchots ne sont jamais récoltées. Vous pourrez remarquer que ces rangées de pieux en pin, qui s'enfoncent dans la mer, vont toujours deux par deux. Vous pourrez également voir des planches, en travers, qui relient les bouchots de chacune des deux rangées. A quoi cela peut-il bien servir ? Et bien, il s'agit d'une nurserie de moules. Je m'explique. En Bretagne, la mer est trop froide pour que la reproduction des moules s'effectue avec un grand rendement. Aussi les mytiliculteurs bretons ont-ils pris l'habitude de venir chercher le naissain en Oléron. Comment pratiquent-ils ? Ils viennent pendant une grande marée (une mâline) pour poser des kilomètres de cordes qu'il clouent sur les planches en travers des bouchots. Ils utilisent alors des tracteurs pour traverser la forêt, qui sont équipés d'une sorte de plateau (vous pouvez en apercevoir dans les terrains bordant Sauzelle). Ils vont ensuite placer les cordes, à la main, en rentrant dans l'eau protégés de combinaisons isothermes. Une fois les cordes posées, il n'y a plus qu'à attendre, le coeur battant à chaque tempête qui risque d'emporter les cordes qui noircissent et grossissent au fur et à mesure qu'elles se recouvrent des petites moules. Les tempêtes n'emportent pas que les cordes, mais également les bouchots eux-même qu'il faut alors remplacer en utilisant une machine qui propulse un jet d'eau sous pression de façon à faire un trou dans lequel on place un tronc de pin. Une ou deux malines plus tard, il est temps de récupérer les cordes, qui sont enroulées autour de treuils. Il faut alors transporter rapidement ces cordes en Bretagne. Arrivées là, les cordes sont enroulées en hélice autour des bouchots qui les attendent, clouées pour qu'elles résistent à la mer. Les moules vont alors se développer tranquillement jusqu'à ce qu'elles soient bonnes pour la commercialisation. Comme les moules sont toutes nées en même temps, et qu'il n'y a pas de naissance locale, elles sont toutes de même taille. C'est ce qui caractérisent les moules de bouchots bretonnes. Les moules de bouchots oléronnaises, cultivées au sud de Boyarville, ont des tailles très différentes. Chaque génération de moule ajoute une nouvelle couche sur les bouchots, en étouffant les moules des générations précédentes. Si elles ne sont pas récoltées à temps, une tempête viendra emporter les paquets de moules attachées les unes aux autres, laissant de la place sur les bouchots pour les générations futures. Les rangées de pieux sont des concessions maritimes qui sont louées par les bretons. Ils ont de nombreuses obligations : les bouchots doivent être plantés parfaitement alignés (un hélicoptère vient survoler de temps à autre la côte pour surveiller cela), les morceaux de bouchots cassés qui sortent du sable doivent être retirés (très difficile à réaliser car le sable recouvre ces morceaux de bouchots et ils ne sont pas toujours visibles), aucune activité ne doit être effectuée pendant la saison touristique (les planches et les cordes doivent alors être enlevées). Toutes ces contraintes ont pour but de rendre l'endroit agréable aux touristes, aussi ne ramassez pas les moules qui se trouvent sur ces bouchots, elles ne sont pas abandonnées par leurs propriétaires...
|