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La Batteuse de Chaucre (Machine à battre le grain) |
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Le texte de cette page est écrit par Michel Nadreau, de même les photos qui l'illustrent, ont été prises par Michel en Août 98 et 99 lors d'une fète des battages au village de Lile. Cette batteuse a été achetée en 1935 par la famille Delavois (le père de Marcel "Miss") de Chéray, elle est de marque "Rustic", et le moteur à essence qui l'entraîne est un monocylindre "Connor" fabrication "Bernard" de la même époque. L'acquisition par le syndicat de battage du village de Chaucre a eu lieu en 1947, avec un échange avec une autre machine plus petite. Le nombre d'adhérents du syndicat était d'une cinquantaine, c'est à dire la presque totalité des exploitations agricoles du village qui, à l'époque étaient de très petites tailles. Les céréales "battues" par cette machine pouvaient être du seigle ("la seille"), l'avoine ("l'aveine nègue ou jaune"), la "baillarghe", l'orge, "le bié" ou le froment. La coupe dans les champs avait lieu en Juin Juillet, à la faucille ou à la faux (le dail) au début du siècle avec mise en gerbes ou javelles à la main à l'aide de liens en paille. Le progrés, a amené la faucheuse à cheval avec une javelleuse, et la moissonneuse lieuse tirée par 2 chevaux ou 2 boeufs qui permettait d'avoir des gerbes ficellées qui étaient mises à sécher sur le terrain en "sitas". Le gerbier était fait fin Juillet dans le "quéreu" avec les gerbes transportées par les charettes à boeufs ou à chevaux; le gerbier était parfois bâché pour le protéger des orages. Le battage avait lieu en Août, moteur et machine étaient déplacés à mains d'homme, plus rarement à cheval, de "quéreu en quéreu" pour battre un ou deux gerbiers par jour. Le conducteur de la machine (Jean Doussain dit "Jaille" l'a fait très longtemps) était le seul salarié de l'entreprise, il était chargé d'entretenir machine et moteur et d'en assurer le bon fonctionnement : graissage, démarrage (pas toujours évident), mise en place et équilibrage de la machine (niveau), callage, nettoyage, etc. Pour la bonne marche du battage il ne fallait pas moins d'une quinzaine de personnes pour assurer toutes les tâches : - 2 hommes (pas de femmes autour de la machine) sur le gerbier pour envoyer les gerbes,
- 2 sur la machine pour défaire les gerbes,
- 2 à l'engrenage (bien répartir les épis pour éviter les bourrages de la machine),
- 2 pour sortir la paille en vrac derrière la machine avec des fourches pour l'envoyer sur le pailler ;
- 2 sur le pailler, quand ils en descendaient, le battage était fini,
- 1 à surveiller les sacs et la sortie du grain de la machine (le sac le plus à droite était celui des "agrains" qui ne pouvait qu'être utilisé pour la nourriture des poules).
- 2 ou 3 pour le transport des sacs de grains vers le grenier (les plus costauds car les escaliers n'étaient pas commodes et les sacs faisaient dans les 80 kg) quand le grenier était loin il fallait cheval et charette (voir album photo "escaliers de Chaucre"),
- 1 à la "balle" (parfois un drôle),
- 1 drôle pour distribuer le vin blanc, si possible frais, en continu autour de la machine.
| Une des blagues de battage consistait à verser de l'eau sur la grande courroie d'entraînement, ce qui arrosait copieusement les "engréneurs". Les "drôles" aimaient bien se rouler dans la "balle" fraîche. Cette main d'oeuvre était en fait un échange de travail communautaire, celui qui solicitait les voisins pour l'aider au battage allait chez eux le jour de leur battage. Chaque "sociétaire" payait une redevance pour l'entretien de la machine et du moteur et le salaire du conducteur. Que faisaient les femmes pendant ce temps là ? Eh bien elles étaient derrière les fourneaux pour préparer le repas de battage. Avant de passer à table les hommes se nettoyaient grossièrement autour d'une grande bassine d'eau. Ensuite la maitresse de maison mettait un point d'honneur à bien traité ses invités. Le repas de battage était l'occasion (surtout celui du soir) de faire une fête jamais triste car le vin permettait de dépoussiérer les "tuyauteries" et personne ne s'en privait. Quelque-uns allaient jusqu'à pousser un petit air à la fin du repas (en particulier Marius et Thérèse). Le ronronnement de cette machine a ponctué la vie du village de Chaucre, en Août pendant plus de 20 ans. Cette machine a fonctionné jusqu'au milieu des années 60 (arrivée de la moissonneuse batteuse d'un entrepreneur). Elle a été stockée tout ce temps dans son garage au milieu du village, elle a été ressortie au debut des années 90 pour animer une fête des battages de Saint Denis. Depuis 98 une équipe d'anciens utilisateurs ou leurs enfants ont remis en état machine et moteur (Gérard Jaulin), et la batteuse de Chaucre est depuis au centre d'une fête aux "Prés Vallet" à Saint Georges en Juillet et à Lile en Août.
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