Les origines L'île d'Oléron, de par son climat et son ensoleillement est un lieu idéal pour la culture de la vigne. La vigne a dû être cultivée dès la fin du 3ème siècle, lorsque l'empereur romain Probus a autorisé tous les gaulois à faire du vin. Dans les pays charentais, la vigne figure sur tous les documents moyen-âgeux que l'on a pu retrouver. Au 12ème siècle, la viticulture est une activité économique très importante. Le commerce est alors important entre l'île et l'Angleterre, suite au mariage entre Aliénor d'Aquitaine et Henri Plantagenet. Le commerce du vin est alors à l'origine de la rédaction des rôles d'Oleron, qui s'étendent progressivement à toute l'Europe jusqu'à devenir le droit maritime actuel. Les premières distillations datent du 15ème siècle, mais il faudra de longues années de tatonnement pour pour le mettre au point. Vers la fin du 16ème siècle, les vins de Charente donnent des eaux-de-vie pures et de bon goût dès la deuxième passe. Il fallut néanmoins attendre le début du 18ème siècle pour que la distillation se fasse en grande quantité. La révolution, puis le blocus du premier Empire gêne le commerce, de même la pauvreté des voies de communication intérieures. Le prix du transport oblige les vignerons à diminuer le prix de leur vin, pour le rendre compétitif avec celui du continent. Un chemin empierré est construit entre Saint-Pierre et la Saurine où les tonneaux sont transportés sur le chenal jusqu'à Boyardville. Grâce à la prospérité du Second Empire, le vignoble se reconstitue et des traités avec l'Angleterre stimule les exportations.
Le phylloxéra Vers 1865, près de Tarascon, une maladie jusqu'alors inconnue attaque les plants d'un pépiniériste importateur de vignes américaines résistantes à l'oïdium. Un autre foyer se déclare en Gironde, en 1866. Le botaniste Jules-Emile Planchon identifie le responsable : un puceron. Vers 1880, l'île d'Oléron cultivait 15 000 hectares de vignes, qui fournissaient 80 000 tonneaux de 9 hectolitres. C'était un rendement énorme pour l'époque. Des mesures draconniennes sont mises en place pour que le phylloxéra ne puisse venir sur l'île. Mais le phylloxéra est le plus fort et vint tout détruire, porté par le vent ou, comme on le prétend, par les pierres à macadam importées sur l'île. Cinq ans après, les vignes sont dévastées. Tout d'abord c'est le Château, puis Dolus et Saint-Pierre qui sont touchés. Saint-Georges est ensuite touché et en 1886, à Saint-Denis, on prétend que les vendanges sont les dernières. Seuls les vignes qui poussent sur le sable sont épargnées. Les vignerons oléronnais sont fatalistes, mais des expériences sont menées avec des plants américains (qui résistent peu au sol calcaire et qui donnent de maigre résultat pour la distillation). Des pépinières sont créées, pour tester des plants européens greffés. Cela marche bien et très vite la vigne est remplacée par ces cépages blancs. Finalement, la crise phylloxérique provoque un rétrécissement moindre sur l'île que dans d'autre régions du continent. Par contre cette crise a bouleversé les structures sociales de l'île : les propriétaires ruinés sont obligés, pour payer leurs dettes, de céder leurs terres à leurs employés et à leurs débiteurs. En 1902, le vignoble s'étend sur 3 910 hectares, soit quatre fois moins que vingt ans auparavant !
Le travail de la vigne Le vignoble de l'île a toujours connu un rendement élevé, du fait des soins dont le viticulteur fait preuve depuis tout temps. De façon à protéger la vigne des vents salés, la vigne est traditionnellement conduite en vigne basse. Le palissage de la vigne a été introduit lors de la disparition des anciens cépages et l'arrivée de l'ugni blanc qui fait des pousses très longues, de 4 à 6 mètres. Trois fils sont utilisés, dont deux mobiles qui peuvent être relevés, de façon à fournir au plant un ensoleillement plus grand et à le protéger contre les maladies. Ce système n'est utilisé que sur l'île d'Oléron, les vignes sur le continent étant conduites plus hautes. Dès 1969, pour faciliter l'usage des outils modernes, des essais concluants de conduite en vigne haute ont été tentés. Depuis l'arrivée des machines à vendanger, les vignes hautes remplacent progressivement les vignes basses. Par manque de fumier animal, les viticulteurs ont longtemps utilisé le varech, encore nommé sart pour engraisser leurs vignes. Le varech était ramassé à Chaucre, Domino et La Cotinière, et placé dans de lourdes charettes tirées par des boeufs. Les algues ont un grand pouvoir fertilisant, augmentant le rendement de la vigne et donnant un goût iodé au vin, mais le sel qu'elles contiennent interdit de les utiliser toutes les années. Cette pratique sera abandonnée dans les années 60 car les tracteurs ne peuvent remonter les charettes chargées de varech. Autre pratique perdue, l'engraissage des ceps avec des étoiles de mer, trois par ceps pour une année. Dans les années 50, de petits tracteurs sont achetés par les coopératives. Ils donnent entière satisfaction dans les champs, mais la conduite en rang serré des vignes ne leur donne qu'un succès relatif. Jusqu'à la fin des années 50, bien des viticulteurs entretenaient parfaitement leurs vignes avec un cheval. A partir de 1960, l'arrivée des tracteurs enjambeurs va éliminer progressivement la traction animale. Le dernier cheval en activité dans les vignes, qui habitait à Sauzelle, n'a cessé son activité qu'il y a quelques années.
La vendange La vendange est l'aboutissement d'une longue année de travail. Dès la mi-septembre tout le monde s'active pour la préparer : aiguisage des outils et nettoyage des divers récipients et cuves qui seront utilisés. Autrefois, les seuls outils utilisés pour couper les grappes étaient le couteau, la serpette et le sécateur. De nos jours, l'automatisation commence à se faire sentir et dès 1976, certaines vignes hautes sont vendangées avec de grandes vendangeuses automatiques, tirées par le traditionnel tracteur-enjambeur. Il y avait neuf machines de ce type en usage pour les vendanges de 1994, qui cueille 40% du volume total. Ce pourcentage ira en augmentant, au fur et à mesure que les vignes basses seront remplacées par des vignes hautes. Autrefois, le raisin était cueilli dans des paniers en bois. Il était transporté à dos d'homme dans des basses jusqu'au bout du rang où il est chargé dans une charette. Vers 1950, des charettes enjambeuses viennent récupérer le raisin directement dans les rangs, les ouvriers se consacrent alors uniquement à la cueillette. Le raisin est ensuite transporté directement soit dans le chai où il est versé dans une cuve, soit directement à la coopérative. Chaque vendangeur va cueillir environ une tonne de raisin par journée. La période des vendanges est un temps fort de la vie locale : dans les années 50, les salariés en profitent pour prendre des congés, les employés louent leurs bras. Les caves coopératives sont vite débordées par les arrivages : on prend donc son temps et les vendanges durent de cinq à six semaines. Depuis les années 60, le tourisme s'est développé, occupant les employés locaux. En cette période de plein emploi, on loue des journaliers, espagnols la plupart du temps. Des familles entières se déplacent et des liens se nouent, il y a plus d'une vingtaine de personnes à nourrir midi et soir pendant quelques semaines et c'est toute une intendance à suivre.
Les produits du vignoble Pendant longtemps la quasi totalité du vignoble a été transformée en eau-de-vie. Cette eau-de-vie était commercialisée jeune, sans aucun vieillissement. Ce n'est plus le cas : le Cognac est mis à vieillir en fûts de chêne, les meilleurs cépages permettent de faire du Pineau. Des apéritifs originaux sont proposés à la clientèle et le surplus de vin est écoulé sous forme de jus de raisin.
Le Cognac Le Cognac s'obtient par distillation dans un alambic de type charentais, à partir de vin à faible teneur en alcool (8 degrés environ), qui ont un arôme fin et délicat, mais qui ont une acidité qui les rend peu agréable au palais. Les alambics sont toujours en cuivre, et le Cognac est effectué en deux passes. La première donne le brouillis, qui titre 25 à 32 degrés. La deuxième passe dure plus longtemps et permet de recueillir le Cognac qui titre 70 degrés. Lorsque les distilleries fonctionnaient au charbon et au bois, la conduite du feu était tout un art : il faut suffisamment de chaleur pour faire bouillir le vin, s'il y en a trop, l'alcool ne peu refroidir suffisamment et il est perdu. Maintenant, le chauffage est au gaz et l'automatisation contrôle parfaitement la production. La distillation doit être effectuée avant le 31 mars qui suit la récolte. Ensuite le Cognac est placé dans des fûts en chêne qui lui donnent sa couleur ambrée. A fur et à mesure du vieillissement, la force de l'eau-de-vie diminue au fil du temps. Le Cognac commercialisable est vendu à 40 degrés, aussi le maître de chai effectue-t-il des mélanges entre des Cognac de différentes années et d'eau distillée. L'âge du plus jeune des Cognacs utilisés devient l'âge du Cognac. La production oléronnaise est en moyenne un peu inférieure à 6 000 hectolitres. La plus grande partie est vendue sur le continent, le reste est vendu sur place ou utilisé pour réaliser d'autres produits. En plus de la coopérative de Saint-Pierre, il n'y a que six viticulteurs indépendants qui commercialisent du Cognac. Le cognac, en fonction de son vieillissement est classé en différentes catégories : | * |
| | ** | Cognac de qualité courante | | *** | | | V.O. | Very Old (très vieux) | | V.O.P. | Very Old Pale (haute qualité avec vieillissement prolongé en fût de chêne) | | V.S.O. | Very Superior Old (très vieux supérieur) | | V.S.O.P.> | Very Superior Old Pale | | X.O. | eXtra Old (extrêmement vieux) | | V.V.E.S.O.P. | Very Very Extra Superior Old Pale |
Le Pineau La légende veut qu'un jour de 1589, un vigneron de Cognac versa par mégarde du moût de raisin (du jus non encore fermenté) dans un fût qui contenait une vieille eau-de-vie. S'apercevant de son erreur, il abandonna le tonneau dans un coin de son chai. Quelques années plus tard, voulant nettoyer son tonneau, il s'aperçu qu'au lieu de l'infâme mélange qu'il s'attendait à y trouver, il y avait un breuvage limpide, doux et fruité, devenu aujourd'hui un apéritif de légende. Le Pineau est donc obtenu par mélange, dans des fûts en chêne, de trois quarts de jus de raisin frais et d'un quart de cognac âgé d'au moins un an. Techniquement parlant, l'arrêt de la fermentation d'un jus de fruits avec de l'alcool se nomme une mistelle. Pendant très longtemps le Pineau n'a été consommé que localement. Les premiers essais de commercialisation ont été effectués vers 1930 et une AOC (Appellation d'Origine Contrôlée) a été donnée en 1945. Son véritable essor commercial date des années 1970. La production oléronnaise tourne autour d'un peu plus de 2 000 hectolitres de Pineau par an.
Le Vin Des vins de consommation ont toujours été produits sur l'île d'Oléron pour être utilisés principalement pour des coupages ou la réalisation de vins mousseux. L'amélioration des cépages, nécessaire pour la fabrication du Pineau, a permis de réaliser des vins blancs secs de qualité, appelés "blanc marine" qui se marient parfaitement avec les produits de la mer, huîtres, crustacés et poissons.
Les autres produits du vignoble Depuis quelques années, pour répondre à la demande de plus en plus diversifiée de la clientèle, de nombreux produits dérivés du vin ont été réalisés. Le mousseux est mélangé à des extraits de fruits pour constituer des nectars à déguster à l'apéritif. De nombreuses autres recettes mélangent Pineau, Cognac et divers autres produits : pêche, kiwi, fruit de la passion, curaçao, poire, amande, fruits rouges, abricot, menthe, prunelle, cerise,...).
Et ensuite Vous pouvez augmenter vos connaissances dans le domaine de la viticulture en participant aux circuits organisés par "2 roues pour une île".
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